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Humour au Bénin : Kady à cœur ouvert avec Banouto sur ses débuts, ses succès et projets

Humour au Bénin : Kady à cœur ouvert avec Banouto sur ses débuts, ses succès et projets

Kadidjath Issotina alias Kady est une figure montante de l’humour béninois. La lauréate de la 3e édition de « Mon Premier Montreux », est l’une des rares humoristes locaux sélectionnés pour prester à la première édition du Cotonou comedy festival, un rendez-vous de l'humour africain, tenu du 1er au 06 décembre 2025 à Cotonou. Croisée à la loge des artistes à la veille de sa prestation, Kady s’est confiée à Banouto où elle revient sur ses débuts et passe au scanner l’humour béninois. La jeune artiste s’est également étalée sur la question du genre dans l’humour béninois et sur son ex-petit ami qu’elle évoque souvent dans ses sketchs.

Kadidjath Issotina alias Kady est une figure montante de l’humour béninois. La lauréate de la 3e édition de « Mon Premier Montreux », est l’une des rares humoristes locaux sélectionnés pour prester à la première édition du Cotonou comedy festival, un rendez-vous de l'humour africain, tenu du 1er au 06 décembre 2025 à Cotonou. Croisée à la loge des artistes à la veille de sa prestation, Kady s’est confiée à Banouto où elle revient sur ses débuts et passe au scanner l’humour béninois. La jeune artiste s’est également étalée sur la question du genre dans l’humour béninois et sur son ex-petit ami qu’elle évoque souvent dans ses sketchs.

L'humoriste béninoise Kady

L'humoriste béninoise Kady

Quelle est votre définition de l’humour ? 

 

L'humour, c’est rendre simple tout ce qui est complexe. C'est le fait d’amener quelqu’un à avoir le meilleur dans tout ce qui n’est pas forcément positif pour lui, de pouvoir déstresser, faire oublier un temps soit peu tout ce qui dérange quelqu’un pour qu’il puisse voir la vie du bon côté. 

 

Comment êtes-vous venue à l’humour ? 

 

En toute honnêteté, je n’avais pas prévu être actrice. Pendant les répétitions, je faisais rire mes camarades, et comme ça en 2021, le Canal comedy qui est venu à Cotonou et un ami m’a appelé et m’a dit : ‘’viens participer au casting’’. Je lui ai dit que je ne suis pas humoriste et il m’a dit : ‘’tu nous fais bien rire, viens tu vas essayer un truc’’. J’ai été et j’ai été retenue. Après cette formation, j’ai commencé par m’intéresser à la chose et j’y ai pris goût. Depuis, on ne se lâche plus. 

 

J’ai gagné le prix de Premier Montreux saison 3 initié par le Montreux festival qui a rassemblé neuf pays africains où il y avait 20 finalistes. J’ai terminé avec le prix après avoir été parmi les huit finalistes sélectionnés. J’étais la seule femme et j’ai pris le prix qui m’a valu une prestation en Suisse sur la scène de Montreux Comedy. 

 

Quel a été l’impact de ce sacre dans votre carrière professionnelle ? 

 

Cette expérience m'a permis d'avoir encore plus d'opportunités. J'ai été connue par plusieurs structures et personnes grâce à ça. Ça a attiré l'attention du gouvernement parce qu'avant moi, il y avait un autre gagnant, qui est également Béninois, Venance Jappe, qui a gagné le prix juste avant moi. Quand j'ai gagné également, ça a commencé à intéresser le gouvernement. Je pense que c'est suite à tout ça que le gouvernement a tissé des liens avec le Montreux Comedy. Et aujourd'hui, on a le Cotonou Comedy festival. D'une part ou d'une autre, je peux dire que ce prix nous a ouvert beaucoup de portes dans le monde de l'humour, particulièrement en moi, et en général pour tout le secteur. 

 

 

Après le sacre, vous avez organisé votre premier spectacle à Canal Olympia, un acte de confirmation de votre talent ? 

 

Je préparais déjà le spectacle bien avant le concours. Mais quand c'est venu, j'ai accéléré un peu plus les choses. Le spectacle a été organisé à Canal Olympia. C'était très bon, c'était excellent. Le public a adoré. On a fait un très beau spectacle. Les gens ont adoré. J'étais très fière de moi également, parce que c'est mon premier spectacle. Je fais partie des premières femmes qui ont fait un spectacle. C'est un grand honneur. Et ça a permis à d'autres femmes également de s'intéresser au métier d'humoriste. C'est un gros pas que d'apporter cet impact aux gens. 



Quel est votre regard sur l'humour au Bénin ? 

 

Franchement, j'ai fait le tour des pays et je peux dire qu'au Bénin, pour moi, on a les meilleurs humoristes parce qu'on travaille beaucoup, malgré qu'on n'ait pas ce qu'il faut pour nous emmener à bosser. On n'a pas de Comédie Club, on n'a pas de lieu où on peut vraiment travailler. Mais cela ne nous empêche pas de créer des choses et de nous exercer tout le temps. Je vois des gens qui ont tout à leur disposition, mais qui n'ont pas forcément la moitié du talent, du travail qu'on fait ici au Bénin. Pour ça, je respecte beaucoup les humoristes béninois.

 

Avec le Cotonou Comédie Festival, on ira encore très loin, parce que l'humour au Bénin, en tout cas, c'est très prometteur. On a de très bons talents, des gens qui sont exceptionnels. Il nous faut juste un peu plus de moyens et d'accompagnement et bientôt, on sera une référence dans le monde. 

 

De quoi avez-vous besoin concrètement ?

 

On a besoin de comédie club. Si le gouvernement peut nous accompagner dans l'ouverture de salles de spectacle, mais vraiment adaptées à l'humour. Même si on a une seule salle de spectacle à Cotonou, une autre à Calavi, je pense que ça pourrait quand même être quelque chose, quelque part où on sait qu'on peut aller jouer.

 

Aujourd'hui, quand on finit d’écrire, on dit « Ah, je vais jouer où ? ». Il faut que tu ailles louer une salle, il faut que tu imprimes des tickets, il faut que tu commences par communiquer. Alors qu'il faudrait plutôt te concentrer sur l'écriture. Alors que si on a un lieu, ne serait-ce que 50 places, où on sait qu'ici, on peut venir jouer, il faut juste qu'on nous programme, on peut venir jouer, je pense que là, forcément, on va travailler encore plus. Travailler sans répétition, sans s'entraîner, ça ne mène absolument à rien. Le premier souci qu'il faudrait régler, c'est l'obtention de Comédie Club. On n'a pas encore les moyens donc un accompagnement dans ce sens nous ferait énormément plaisir. 

 

Contrairement à d'autres pays de la sous-région, les spectacles d’humour sont rares et on se demande si l’humour nourrit son homme au Bénin ? 

 

J'avoue que c'est très difficile. La preuve, moi, je travaille à côté. Je suis chargée de communication dans une ONG et c'est ça qui me permet de voyager un peu partout. Je fais de l'humour parce que c'est ma passion première. C'est quelque chose que j'adore. Mais après, aujourd'hui, je ne veux pas dire que mes sources de revenus viennent entièrement de l'humour. Toutefois, il y a des gens qui ne se consacrent qu'à l'humour et qui vivent bien. Ça dépend de comment chacun gère sa carrière et comment la personne travaille son image de sorte à ce que les gens lui fassent confiance et lui confient des marchés.

 

Mais on a un souci au Bénin. Les gens ne connaissent pas la valeur de ce qu'on fait. Du coup, quand on t'invite pour une prestation et que tu dis que ton cachet est de tel ou tel montant, on te dit que tu viens juste parler pour nous faire rire. C'est quoi cette histoire-là ? Quand tu prends ça, les autres vont prendre combien ? En fait, tout de suite, l'artiste se sent blessé et commence à douter de lui-même. Il se demande si c'est vraiment la peine de continuer dans ce secteur. Après, il y a des gens qui connaissent la valeur de la chose. Quand tu leur dis le prix, ils ne discutent pas. 

 

Qu'est-ce qui vous inspire, Kadi ? 

 

Ce qui m'inspire beaucoup plus, je vais dire, c'est mon père. Je pense qu'il a raté sa vocation dans la vie. Il aurait dû être humoriste. Chaque jour, il sort un truc. En général, c'est ma famille qui m'inspire beaucoup et mon vécu. 

 

Est-ce qu'on peut être Kadi ? (rire)

 

Pour quelqu'un qui voudrait me ressembler ou emboîter peut-être mes pas, je lui souhaiterais quand même de beaucoup travailler, parce qu'on a beau parler, si tu n'es pas déterminé, que tu ne travailles pas beaucoup, ça va être compliqué. Tu as beau avoir le talent, sans le travail, tu n'iras nulle part. C'est un fait. Croire en soi, beaucoup travailler quelque soit ce qui se passe parce qu’on va te décourager, il n'y a rien à faire. Si tu n'es pas fort dans la tête, tu vas laisser tomber sans avoir commencé. Donc, être très courageux. Il faut savoir où on va surtout et d'où on vient. Être soi-même dans tout ce qu'on fait. Ne pas être imbu de sa personne, travailler, chercher la perfection chaque jour. Forcément, un jour ça va marcher.



Quels sont les humoristes qui vous inspirent beaucoup ? 

 

 

Il y en a une qui est ici. Il y a Prissy la Dégameuse de la Côte d’Ivoire que j'adore. En vérité, il y a très peu d'humoristes qui m'inspirent parce que je me dis que chacun est unique. Il y a aussi Roukiata Ouedraogo, que j'aime bien. Il y a Blanche Gardin, qui est française, que j'admire aussi beaucoup. J'aime beaucoup aussi Gad Elmaleh. 

 

Qu'est-ce que ça vous dit de participer à Cotonou comedy festival ? 

 

C'est un honneur. C'est une belle opportunité pour moi. C'est une occasion pour moi de montrer encore ce que je sais faire. D’hisser encore le drapeau plus haut. C'est une occasion pour nous de tisser des liens avec des gens qui viennent d'ailleurs et qui apportent leur touche aussi à ce festival-là. C'est vraiment une occasion en or pour nous de travailler, de faire des rencontres et de montrer que l'humour au Bénin, c'est possible et qu'il faut croire en nous.



Être femme dans le secteur de l’humour, comment on se sent ? 

 

Sans vouloir se victimiser, être une femme dans l’humour, c’est très difficile. La plupart du temps, tu te retrouves à être la seule femme sur les affiches, la seule femme dans les coulisses. Tu as ce stress de : ‘’est-ce que je vais bien faire’’, ‘’est-ce que je serai assez drôle’’, ‘’est-ce que je serai à la hauteur’’. Dans l'humour, vu qu'on n'a même pas de scène, des fois, quand tu montes sur scène, les gens ont payé pour venir et tu dois tester, en même temps, tes blagues.

 

 

Le Béninois, quand il paie, il veut automatiquement rire. Il n'y a pas de : « tu viens tester quelque chose ». Il n'est pas un laboratoire pour que tu viennes tester des choses. Eux, ils ne comprennent pas qu'on vienne tester des blagues sur eux. Eux, ils veulent rire automatiquement. Et ils ont raison, ils ont payé. Sauf que nous, on n'a pas de scène. Les seules fois où on sort là, c'est pour tester en même temps et pouvoir manger aussi en même temps. Encore qu'on ne mange même pas. (Sourire)

 

En tant que femme, si tu vas tester les blagues, ça ne marche pas comme ça doit marcher, forcément, tu commences à être découragée, tu commences à douter de toi. Du coup, tu baisses les bras. Tu ne fais plus autant d'efforts et à un moment donné, tu arrêtes tout. Cela fait qu'il y a très peu de femmes dans le secteur. Aujourd'hui, quand tu réussis, c'est toujours une histoire de :‘’elle sort avec tel, elle sort avec çi’’. Mais s'il faut se concentrer sur ça, tu n'iras nulle part. Moi, rien ne m'effraie, ni les hommes. Après, ils ne m'effraient pas, ils ne sont pas méchants. Ni les hommes, ni personne.

@kadyhumoriste #humour#videodroles😂😂😂 #standup#gontran#spectaclemomentanée#29juin2024 #canalolympia🇧🇯 ♬ son original - kadyhumoriste

 

On constate que votre ex-petit ami occupe une place de choix dans vos sckechs

 

Rire. C'est parti d'une histoire réelle qui m’a beaucoup touché dans le temps. Je ne parle pas de ma vie privée sur les réseaux sociaux parce que j'estime que les gens n'ont pas à savoir ce que je vis dans ma vie. La preuve, le nom que j'ai donné sur les réseaux n'est pas son vrai prénom. J'ai parlé de lui parce qu'à un moment donné, je voulais faire des choses où beaucoup de femmes, où beaucoup d'hommes pourraient se reconnaître.

 

On a tous un ex dans la vie. En tout cas, à 90 % dans la vie, on a tous un ex. Quand ça finit, chacun donne sa version des faits. Dans cette version, c'est toujours l'autre qui a tort. Si ça se trouve, maintenant, c'est moi qui ait tort dans la relation. J'ai voulu parler de quelque chose où tout le monde se retrouve, s'identifie quand même. La preuve, les gens disaient : « Oui, et moi, mon ex aussi a fait çi, mon ex a fait ça ». J'ai même fait un sketch où j'ai joué sur scène et tout. Tout ce que j'ai raconté, c'était vrai. Dans la salle, il y avait des gens qui me connaissaient à l'époque et qui rigolaient plus parce qu'eux, ils ont vécu l'histoire avec nous.

 

Votre ex et vous, quels sont aujourd'hui vos liens ?

 

On ne se parle plus depuis 5 ans ou 6 ans. Chacun a pris sa route. C'est une belle expérience parce que grâce à lui, je ne ferai plus certaines erreurs. 

 

Voit-il voit les sketchs ?

 

Oui, il voit les sketchs. Là où j'ai joué sur scène, j'ai appelé son vrai prénom. Je sais que forcément, s'il l'a vu, ça va le vexer et tout. Mais bon, je n'ai pas menti, donc je m'en fous. S'il est trop fâché, il n'a qu'à changer, à bien traiter ses prochaines conquêtes.

 

Kadi est actuellement un cœur à prendre ? 

 

Non, Kadi n'est pas un cœur à prendre. Mon cœur est déjà bouclé. 

 

Dans 5 ans, Kady se voit où ? 

 

Je me vois dans ma propre salle de spectacle où je pourrais produire des humoristes, mes collègues humoristes où des humoristes pourront venir jouer sans avoir le souci de comment je vais payer la salle, comment je vais me déplacer pour aller là-bas, comment vendre les tickets ? Moi, je m'occuperai de tout ça parce qu'on a attendu longtemps, mais apparemment personne ne veut faire le premier pas. Je ferai tout. J'ai pas encore l'argent mais quand j'aurai l'argent, je vais tout faire.

 

Et après cela, avoir 2 ou 3 films à mon actif que je suis en train de produire. Des films qui seront diffusés sur les chaînes de télévision grâce à Dieu ou également sur mes canaux digitaux.

 

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